Extrait de Le Dormeur éveillé de J.-B. Pontalis, Mercure de France, 2004, page 11 :
Un songe : un mot qu'on n'emploie plus guère, depuis que Freud a décrypté les rêves, les a délivrés de la crypte nocturne et trouvé la solution de ce qu'il tenait pour des rébus. Mais si le songe était autre chose que le rêve, si comme l'écrit Sylvie Germain « ses racines ne s'enroulaient pas seulement dans l'obscur terreau de notre inconscient, mais s'enfonçaient bien en deçà, s'élançaient bien au-delà » ? Et elle cite ces vers d'un poète, Denis Clavel :

Un jour je vous dirai la différence entre le songe et le rêve
L'épluchure de l'esprit c'est le rêve
même si le fruit est parfait il y a des restes
Le songe est parole pour l'âme
même si la parole est imparfaite il y a le chant.

La peinture, celle de Piero en tout cas, cette parole imparfaite ― on n'imagine pas ses personnages discourir ni même se parler entre eux ― serait-elle un chant ? Je crois que toute peinture est plus proche du songe que du rêve. Quant aux livres, le mieux auquel ils puissent prétendre, c'est de s'approcher d'une rêverie, celle de l'homme assis.

Piero della Francesca, Le Songe de Constantin, vers 1460, église San Francesco, Arezzo (Italie)

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