Extrait de Principes d'une esthétique de la mort de Michel Guiomar, Librairie José Corti, 1967, page 183 :
L'Art du Portrait
Art de Divertissement, le refus de la Mort y est presque avoué dans l'arrêt qu'il tente face à la dégradation du vivant (il est inutile de rappeler le trop symbolique
Portrait de Dorian Gray, de O. Wilde) ; peu de formes d'art révèlent même à ce point leur intention cachée de masques.
Les tendances immédiates du Portrait devraient donc se partager entre l'exactitude objective et la séduction, stabilisant le sujet en dehors de toute référence transcendante évocatrice d'évolution vers la vieillesse et vers la Mort. Il n'en est pas toujours ainsi, peu s'en faut. Nous n'évoquerons même pas les nombreux cas de portraits ou de représentations d'infirmes, de vieillesse atroce et dégradée, de malades, de laideurs. Nous n'insistons pas non plus sur les portraits multiples d'un même tableau figurant dans son invincible évolution les différents âges de la Vie (si même, comme dans telle représentation du Suisse Böcklin la Mort elle-même ne vient s'immiscer en fond de toile). Même en des portraits stricts, la transcendance est fréquemment sollicitée qui conduit à une catégorie de la Mort par la tristesse, la joie feinte ou fragile du modèle, le contour et l'environnement, ou par tel regard vers un monde autre. La fixation du Portrait prend ainsi des significations très éloignées du Divertissement quand par exemple il s'agit du donateur dans les tableaux de la fin du Moyen Âge ou du début de la Renaissance. Ce souci d'être figuré parmi les saints représentés est un souci que nous pourrions déjà nommer apocalyptique par l'assurance que le modèle s'y donne. Mais le cas le plus symptomatique des rapports du portrait et de la Mort est évidemment le portrait funéraire ; de nombreux liens sont alors assurés entre le mort et le vivant et le masque du divertissement s'y trahit encore dans l'évolution qui, de la simple représentation stylisée dans le trait simple sur la pierre tombale, fait surgir peu à peu l'effigie du mort en ronde bosse, en statue de gisant et même en homme se relevant dans une allusion de nouvelle vie. Certains portraits dans l'école contemporaine qui déstructurent leur modèle et le réduisent à des éléments déshumanisés sont aussi symptomatiques de ce revirement contraire aux principes mêmes du portrait.

Francis Bacon, Autoportrait, 1971, Centre Georges Pompidou Paris

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