Extrait de La nature et la règle de Jean-Pierre Changeux et Paul Ricœur, Éditions Odile Jacob, Février 1998, page 338 :
Mais l'art possède une dimension supplémentaire, la faculté d'éveil, le pouvoir évocateur qui fait surgir dans le cerveau du spectateur images, mémoires, souvenirs, gestes, et suscite le rêve. Il donne à penser. Il invite au rêve partagé d'une authentique « vie bonne », avec cette liberté de dire et de faire comprendre dont seule la poésie est capable, mais ici sans le recours au langage. Il parvient, en fait, à ce que ni le droit ou la morale sous leur forme normative, ni la science avec son langage d'objectivité rigoureuse ne peuvent : développer l'imaginaire, susciter de nouveaux plans de vie commune, en quelque sorte rêver un futur partagé et harmonieux. Par son pouvoir évocateur, l'image convoque à la responsabilité pour autrui. Ogni dipintore dipinge se, « tout peintre se peint » (D. Arasse, Le Sujet dans le tableau, Paris, Flammarion, 1997), « fait tomber le masque », éternise la personne en éternisant sa personne et, d'une manière plus générale encore, « soi-même comme un autre ». Tous les arts tendent à un universel intersubjectif, libèrent des contraintes identitaires et communautaires des religions et des idéologies politiques.

Art du Gandhara, Bouddha, IVe S.

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