Extrait d'un texte de Albert Camus publié dans la préface du catalogue de l'exposition Balthus, New York, Pierre Matisse Gallery, 1949 :
Nageur patient et clairvoyant, l'artiste remonte d'étranges fleuves vers des sources oubliées. La trace d'un pied sur le sable, des feux morts, le cri indistinct d'une sentinelle invisible, ce sont les promesses dont il se nourrit. Tout cet effort est de ne pas se laisser entraîner par le courant. Avant de se perdre dans l'embouchure, il veut découvrir la source et la terre promise. Ainsi du peintre qui veut tirer le monde de la nuit et maintenir à jamais ce qui disparaît déjà. À chaque aube, la création recommence. Les paysages, les visages et les objets fuient, disparaissent de la mémoire, ou se détruisent les uns les autres. C'est pourquoi le paysagiste et le peintre de sujets isolent dans l'espace et dans le temps ce qui, normalement, se fond dans une perspective infinie ou disparaît sous le choc d'autres valeurs. Ils procèdent à une fixation.

Balthus, L'enfant aux pigeons, 1959-1960

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