Extrait du discours d'Einstein à l'occasion des cérémonies officielles qui marquèrent le soixantième anniversaire de Planck :
Je crois avec Schopenhauer que l'une des raisons les plus fortes qui font se consacrer les hommes à l'art et à la science est d'échapper à la vie quotidienne avec sa brutalité pénible et son morne désespoir, d'échapper à la prison de leurs propres désirs sans cesse changeants. Une nature d'un beau caractère aspire à échapper à la vie personnelle pour gagner le monde de la perception et de la pensée objectives ; on peut comparer ce désir à la nostalgie irrésistible du citadin qui veut fuir son cadre de vie bruyant et encombré pour la haute montagne, d'où l'œil perce librement l'air tranquille et pur, et caresse amoureusement de calmes contours qui semblent dessinés pour l'éternité.
Une motivation positive s'ajoute à cette raison négative. L'homme essaie de se faire, de la façon qui lui convient le mieux, une image simplifiée et intelligible du monde : il essaie donc, dans une certaine mesure, de remplacer par un cosmos à lui le monde de l'expérience, et de surmonter ainsi celui-ci. C'est ce que font, chacun à sa manière, le peintre, le poète, le philosophe dans ses spéculations, et le savant. Chacun fait de la construction d'un tel univers l'axe de sa vie émotionnelle, et cherche à trouver par là la paix et la sécurité qu'il ne peut rencontrer dans le domaine par trop étroit et remuant de l'expérience personnelle.

Ferdinand Hodler, Landschaft am Genfer See, 1906

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