Extrait de La chapelle Sixtine, La Voie nue de Michel Masson, Les Éditions du Cerf, 2004, page 128 :
On ne sait pas assez, en effet, que, pour se dérider, le neurasthénique devrait bien s'offrir une tournée des portraits de Dieu. Il verrait, pour ne prendre que quelques exemples, comment l'Éternel, coiffé d'une tiare, cherche des poux à la Vierge (Fra Filippo Lippi), ou encore embarqué dans une soucoupe volante, il s'affole, il supplie qu'on arrête, il a le vertige, il va vomir ! (F. di G. Martini). Chez Tullio Lombardo, il faut se rendre à l'évidence, il vient effectivement de vomir ― sous les yeux goguenards de ses chérubins. Plus gaillard, chez Domenico Beccafumi, il fait l'acrobate, perché sur le dos de l'archange Michel, un petit ballon dans une main et, tandis que les chérubins, admiratifs cette fois, retiennent leur souffle, il lève l'autre mais étend la jambe gauche et garde l'équilibre sur la droite comme pour danser le kazatchok. Matteo di Giovanni, lui, le montre en vue plongeante à califourchon sur un angelot consentant et jouisseur mais ignorant encore que ces grandes mains crispées vont peut-être bien l'étrangler, à la grande horreur d'un second angelot et, notons-le bien, pour la plus grande joie, mauvaise, d'un troisième chérubin. Tandis que chez Giovanni Dalmata, le Tout-Puissant est devenu un vieillard égrotant que six anges tentent d'assoir pendant qu'il bougonne : « Doucement, j'ai plus vingt ans ! » et que, au-dessus, un chérubin mélancolique murmure : « C'est triste de vieillir ! ».

Fra Filippo Lippi, Retable du Couronnement de la Vierge Domenico Beccafumi, L'archange Michel, Santa Maria del Carmine, Sienne

retour à l'entrée du musée imaginaireindex des auteurs citésindex des artistesles titres du musée imaginairecourriel