Extrait de Histoire de l'art de Ernst Gombrich, Flammarion, 1982, page 251 :
La lumière de l'orage donne un caractère surnaturel au paysage qui, pour la première fois dans une peinture, est tout autre chose qu'un simple arrière-plan. C'est en somme le véritable sujet du tableau. Lorsque notre regard va des figures au paysage qui occupe la plus grande partie du petit panneau, pour revenir encore aux personnages, nous sentons bien qu'à l'opposé de ses prédécesseurs, Giorgione n'a pas dessiné séparément êtres et objets pour les disposer ensuite dans l'espace, mais qu'il a véritablement envisagé la nature, terre, arbres, lumière, atmosphère, et l'être humain avec les édifices créés par lui comme un tout indivisible. En un certain sens, c'était là une nouveauté aussi sensationnelle que l'invention de la perspective, apport des générations précédentes. La peinture allait cesser d'être la simple adjonction de la couleur au dessin, pour devenir un art nouveau à la recherche de ses propres lois.

Giorgione : L'orage. Vers 1508. Venise, Accademia

Ce tableau de Giorgione a donné lieu à toutes sortes d'interprétations.
S'agit-il d'Adam, d'Ève et de leur bébé Caïn chassés du Paradis ?
L'éclair symboliserait la colère divine et les colonnes fracturées la mort annoncée.
C'est une atmosphère d'angoisse et de mélancolie, de désenchantement du monde, qui se dégage du tableau.
Les immeubles font penser aux tours d'une banlieue actuelle...
Au sein dénudé de la femme répondent "les formes" de l'homme qui regarde, nostalgique (ou envieux ?), la scène de l'allaitement.
Seul le bébé pourrait dire comme Lao-tseu dans La Voie et sa vertu : Je sais téter ma Mère.

retour à l'entrée du musée imaginaireindex des auteurs citésindex des artistesles titres du musée imaginairecourriel