Quand le soir vient — Monet l'a vu mille fois — la jeune fleur s'en va passer la nuit sous l'onde. Ne conte-t-on pas que son pédoncule la rappelle, en se rétractant, jusqu'au fond ténébreux du limon ? Ainsi, à chaque aurore, après le bon sommeil d'une nuit d'été, la fleur du nymphéa, immense sensitive des eaux, renaît avec la lumière, fleur ainsi toujours jeune, fille immaculée de l'eau et du soleil.
Tant de jeunesse retrouvée, une si fidèle soumission au rythme du jour et de la nuit, une telle ponctualité à dire l'instant d'aurore, voilà ce qui fait du nymphéa la fleur même de l'impressionnisme. Le nymphéa est un instant du monde. Il est un matin des yeux. Il est la fleur surprenante d'une aube d'été.

(Gaston Bachelard, Le droit de rêver, Presses Universitaires de France, « Quadrige » : octobre 2007, page 10)

Les nymphéas de Claude Monet, détail

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