Saint Benoît Joseph Labre d'après André Dhôtel, tribulations

Tribulations :
Les jours qui suivirent son retour à Érin furent très sombres. Il redoubla de prières et d'austérité, mais n'arriva pas à retrouver le calme. La situation lui paraissait inextricable. Malgré son parti pris de douceur, et la douceur de toute sa vie en lui, la contradiction qu'il avait appris à assumer devenait de plus en plus intolérable. Il devait croire enfin que sa foi n'était pas assez grande. Il reprit les routines du presbytère.
Deux ans passèrent. Travaux patients, lectures, messes, prières, courses aux alentours pour consulter des prêtres, promenades avec l'oncle, menus services rendus dans la maison. Benoît donnait maintenant tout son repas aux pauvres quand il pouvait ne pas être aperçu. Il ne coucha plus jamais dans son lit. On le voyait plus souvent prier et méditer. Mais aucun jour ne lui apporta quelque répit ou consolation.
L'abbé François fut très sérieusement alarmé. Ne sachant plus que faire pour apaiser un peu la tension d'esprit de Benoît, son zèle obstiné, et son regret de la Trappe dont il ne parlait jamais, l'oncle se résolut à réduire les heures d'études. Benoît demeura fermé et soumis, trop soumis pouvait-on penser. On rapporte que sa raison fut menacée. Un évènement qui désola le village d'Érin lui changea les idées (à ce qu'on dit) et le sauva. En 1766, vers le milieu du mois d'août, il y eut une grave épidémie de typhus, la peste, comme on disait alors.

(André Dhôtel, Saint Benoît Joseph Labre, Éditions de La Table Ronde, Paris, 2002, page 72)

retour à l'entrée de l'exposition "Saint Benoît Joseph Labre"courriel